mercredi 6 septembre 2017

120 battements par minute

de Robin Campillo avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz et Adèle Haenel. Sortie le 23/08/2017 (2h20). Grand Prix du Festival de Cannes 2017.

Début des années 90 à Paris. Act up est une association de lutte contre le Sida qui développe les actions choc pour se faire entendre des pouvoirs publics et des laboratoires pharmaceutiques.
Le temps presse, de nombreux malades meurent dans l'indifférence de tous. Nouvel arrivant au sein d'Act Up Paris, Nathan fait la connaissance de Sean dans les rangs des militants...

Plongée au cœur de l'association Act Up

Comme dans un documentaire, le réalisateur Robin Campillo nous fait découvrir les coulisses d'Act Up, ses interventions, son mode de fonctionnement. Dès les premières images, le spectateur est immergé au coeur d'une action choc des militants, en quasi caméra subjective mais sans en connaître immédiatement l'issue. De manière astucieuse, le réalisateur ménage le suspense et nous fait découvrir le déroulement des faits en séance de débriefing lors d'une réunion hebdomadaire du groupe.

Avec les nouveaux arrivants, on découvre alors les débats qui entourent les projets d'actions de l'association engagée pour faire avancer la lutte contre le Sida. Les débats sont houleux et les points de vue très partagés entre défenseurs du dialogue et partisans de la manière forte. Certains malades, excédés par l'indifférence dont il font l'objet de la part des pouvoirs publics et des laboratoires pharmaceutiques, poussent vers des actions radicales, au risque d'être exclus des débats politiques du fait de la violence de leurs actions...

Du collectif au privé : l'histoire de Nathan et Sean

Dans ce contexte collectif inspiré de sa propre expérience au sein d'Act Up, Robin Campillo a choisi d'inscrire une histoire privée, celle de la rencontre entre Nathan et Sean. On entre ici dans la sphère intime d'une relation construite dans l'urgence du moment que fait très bien ressentir le réalisateur. Et puis il y a la maladie, toujours plus présente physiquement - envahissante, dérangeante.

On sort du film heurté, bousculé, ébranlé... à la fois par le radicalisme de certaines actions que par la souffrance physique et psychologique des malades qui ne voient pas d'avancées dans les traitements. 120 battements par minutes est un film choc auquel on ne reste pas indifférent. Pourtant, je ne suis jamais complètement rentrée dans le film bien qu'intéressée par les scènes de débats chez Act Up et touchée par les personnages incarnés avec finesse et conviction. Et vous ?

jeudi 24 août 2017

Que dios nos perdone


De Rodrigo Sorogoyen, avec Antonio de la Torre (Inspecteur Velarde), Roberto Álamo (Inspecteur Alfaro), Javier Pereira (Andrès Bosque)...
Sortie 9 août 2017 (2h 06 min). Prix Sang neuf au festival de Beaune 2017.

Madrid, août 2011. Deux équipes de policiers que tout oppose traquent un violeur et tueur en série dans la ville occupée par les Journées mondiales de la Jeunesse et les manifestations des Indignés. Leur enquête doit rester discrète pour ne pas alerter les journalistes présents en nombre dans la capitale espagnole...

Un groupe d'enquêteurs de chocs...

Voilà un film policier à ne pas rater cet été 2017. D'abord pour son scénario original et sa mise en scène maîtrisée. J'aime beaucoup la façon dont le réalisateur Rodrigo Sorogoyen nous amène à découvrir les caractères des quatre policiers enquêteurs du film.

A commencer par l'inspecteur Alfaro dont le caractère sanguin lui a valu d'être mis à pied du commissariat pour violence aggravée sur un collègue ; puis son binôme imposé, l'inspecteur Velarde , repoussé de tous à cause de son bégaiement. Enfin, la seconde équipe formée par les inspecteurs Alonzo et Bermejo obligée de collaborer avec leurs collègues qu'ils détestent.

Quelle bonne idée d'avoir imaginé ce flic bègue et introverti évoluant au milieu d'une meute de flics à cran prêts à exploser de violence à la moindre occasion ! Sa maladresse et sa persévérance incarnées avec finesse par l'acteur Antonio de la Torre (vu dans Volver et la Isla Minima) apportent je trouve contraste et nuance à l'intrigue.

... amenés à composer dans un contexte violent et contrasté

Et puis il y a l'atmosphère tendue de cet été 2011 à Madrid qui joue également un rôle dans le film. Le contexte de l'intrigue choisi par le réalisateur évoque bien le rôle de la violence de notre société sur l'homme.

Entre l'opposition des anti-catholiques à la venue du Pape Benoît XVI à Madrid et les manifestations des Indignés Puerta del Sol, la Police se heurte à des obstacles dont elle n'a pas vraiment besoin et qui ajoutent une dimension à la perversité de l'intrigue.

Bref, tous les ingrédients sont réunis dans ce film pour en faire un polar original et surprenant. Un bon moment de cinéma à ne pas manquer avant la rentrée !

mercredi 7 décembre 2016

Sully


de Clint Eastwood, avec Tom Hanks (Chesley 'Sully' Sullenberger), Aaron Eckhart (Jeff Skiles), Laura Linney (Lorrie Sullenberger). Sortie le 30/11/2016 (1h36).

Sully, c'est Chesley Sullenberger, commandant de bord de l'US Airways 1547 qui avait amerri sur l'Hudson avec son Airbus A320 le 14/01/2009. Il sauvait ainsi les 155 passagers d'un vol intérieur New-York/ Charlotte qui aurait pu se terminer tragiquement. Retour sur cet événement marquant qui interroge l'image du héros américain.

Au-delà de la figure du héros

Un an après American Sniper, Clint Eastwood dresse une nouvelle fois le portrait d'un héros américain en portant au cinéma le récit du pilote Sullenberger qui avait réussi à sauver tous les passagers du vol qu'il commandait en se posant sur l'Hudson River.

Notons pourtant que le réalisateur va bien au-delà du seul "regard" du pilote sur les événements en choisissant dans son film de nous proposer différents points de vue sur les faits, donnant ainsi l'impression que l'action collective a permis à cette histoire d'avoir une issue positive.

C'est bien l'expérience et le sang froid du pilote chevronné qui a permis de poser l'avion sur l'eau sans provoquer de crash mais Clint Eastwood souligne également au passage que l'intervention des gardes-côtes a été importante dans le sauvetage des rescapés.

Enquête sur un crash annoncé

Plus qu'un film d'action et une simple reconstitution de la panne moteur due à une collision avec des oies, le film nous montre également les conséquences de cet événement aux yeux du monde. Tout d'abord sa médiatisation outrancière puis les accusations portées à l'encontre du pilote.

D'abord tribunal à charge contre le commandant de bord accusé de ne pas avoir suivi les consignes qui lui auraient permis de poser l'avion sans encombre sur l'un des aéroports les plus proches, l'enquête menée par la compagnie et ses assurances après l'accident prend une nouvelle tournure au fil des audiences.

Clint Eastwood sait ménager le suspense durant ces auditions qui auraient pu paraître trop techniques et nous conduit à voir la vérité sous un autre angle. Quant à Tom Hanks, il est une fois de plus impeccable dans le rôle du protagoniste de l'histoire qui ne se prend pas du tout pour un héros. Bref, un film de divertissement intelligent comme sait très bien les faire Clint Eastwood.

A ne pas manquer pendant le générique de fin du film : un petit bonus qui permet de voir le vrai Sully et ses passagers rescapés.

mardi 25 novembre 2014

Quand vient la nuit


de Mickaël Roskam, avec Tom Hardy, James Gandolfini, Noomi Rapace, Matthias Schoenhaerts (1h47).
Bob Saginowski est barman chez son cousin Marv' dans le quartier de Brooklyn. Taciturne, il observe avec détachement la circulation d'argent mafieux transitant par les bars du coin. Jusqu'au jour où son bar est victime d'un braquage...

Après la Belgique, l'Amérique pour Mickaël Roskam

Après le très remarqué Bullhead, le réalisateur flamand Mickaël Roskam s'est vu offrir pour son premier film américain la mise en scène d'un scénario de Dennis Lehane, auteur de Mystic River et de Shutter Island.

Avec une partie de son équipe belge parmi lesquels Raf Keunen à la composition musicale et Nicolas Karakatsanis à la photographie, il s'est attaché à reconstituer un Brooklyn terne et corrompu dans lequel tout est à vendre, y compris les églises que l'on transforme en immeubles d'habitation.

Dans ce monde interlope qui a perdu une grosse partie de ses valeurs, son personnage principal, fait figure de résistant en s'évertuant à sauver un chien battu et laissé agonisant dans une poubelle. Et si cette mission à laquelle Bob accorde beaucoup d'importance cachait un non-dit ?

Une brochette d'acteurs cosmopolite

Après avoir terrorisé Gotham City dans le dernier volet de la trilogie Batman réalisée par Christopher Nolan (The Dark Knight rises), l'anglais Tom Hardy trouve ici un rôle beaucoup plus ambigu qu'il n'y paraît aux côtés de la suédoise Noomi Rapace découverte dans Millenium, de l'américain James Gandolfini popularisé par la série des Sopranos et du belge Matthias Schoenhaerts, acteur fétiche de Mickaël Roskam repéré dans Bullhead et confirmé dans De rouille et d'os.

Certes, le scénario n'est pas un chef d'œuvre d'intrigue et de tension comme La nuit nous appartient de James Gray auquel le titre français semble faire implicitement référence. Mais il nous réserve néanmoins de belles surprises. Quand vient la nuit réussit à interroger le spectateur sur la difficulté de vivre de manière intègre dans un milieu corrompu.

Un film à voir pour retrouver l'ambiance des polars américains et se laisser surprendre par l'ambivalence du personnage principal.

jeudi 16 octobre 2014

Leviathan

d'Andreï Zviaguintsev avec Alexeï Serebriakov, Elena Liadova, Vladimir Vdovitchenkov (2h21). Prix du scénario au festival de Cannes 2014.

Kolia est garagiste dans une petite ville de bord de mer, au nord de la Russie. Il y vit tranquillement avec sa jeune femme Lylia et son fils Roma, qu’il a eu d’un précédent mariage.

Jusqu'au jour où Vadim Cheleviat, Maire de la ville, décide de s’approprier -de gré ou de force- le terrain où se trouve la maison de Kolia. Comme il refuse de vendre, le maire se fait de plus en plus menaçant...

Entre métaphore biblique et conte politique

Monstre marin à plusieurs têtes évoqué dans la Bible (Psaumes, Livres de Job et d'Isaïe) et dans la poésie hébraïque, le Léviathan est souvent associé à la bête de l'Apocalypse représenté sous des allures de dragon, mi-serpent mi-crocodile.

Mais Leviathan est aussi le titre d'un essai philosophique et politique du théoricien anglais Thomas Hobbes. Dans son essai qui se veut la base d'une science de la morale et de la politique, Hobbes définit un état de nature dans lequel "l'homme est un loup pour l'homme".

Le seul moyen de lutter contre l'instabilité et l'insécurité de cet état de nature serait pour les individus de se fédérer et de confier leur défense à un souverain au pouvoir absolu chargé de faire régner l'ordre au sein de l'Etat. Que deviendrait cependant le peuple dans un Etat souverain omnipotent gouverné par des dirigeants peu scrupuleux, semble interroger le film ?

Un film sombre et puissant

Métaphore biblique ou conte philosophique, le Leviathan d'Andreï Zviaguintsev est un film sombre, sans doute encore plus grave que son précédent film, Elena.

Il y a très peu d'espoir dans cette Russie de Poutine et des oligarques russes que nous décrit le réalisateur russe. Ici, la vodka semble bien être le seul remède, précieux breuvage annihilant partagé par le peuple et les nantis évoluant dans une société délétère où même la religion n'apparaît plus comme un refuge.

On en sort groggy et soulagé de vivre dans une démocratie !

jeudi 9 octobre 2014

Filmer l'histoire : discussion avec Bertrand Tavernier au Kursaal de Besançon


Invité à Besançon les 6 et 7 octobre à l'occasion d'un cycle consacré à ses films, Bertrand Tavernier a participé mardi au Kursaal à une rencontre animée par Pascal Binetruy sur le thème : Filmer l'histoire.

Devant un parterre de cinéphiles au rendez-vous, le réalisateur a évoqué avec le critique cinéma de Positif la façon dont il travaille sur un film historique avec son équipe (scénaristes, décorateurs, costumiers, chefs-opérateurs, comédiens...).

Un soin particulier accordé aux décors


Où l'on découvre le soin apporté par le metteur en scène à la recherche d'un décor qui permette l'installation de la dramaturgie et reflète intrinsèquement les événements évoqués dans le film. Ainsi, le cinéaste et son décorateur ont passé pas loin de 2 mois à chercher le tunnel qui sert de décor dans La Vie et rien d'autre (1989).

A la reconstitution, Bertrand Tavernier préfère largement l'idée d'une re-création de l'époque dans laquelle se situe l'action du film. Il explique par exemple qu'il a volontairement refusé l'utilisation des fraises dans les costumes de La Princesse de Montpensier (2010) dans la mesure où ce sont pour lui des attributs d'apparat et non des éléments vestimentaires du quotidien.

Donner une dimension physique de l'époque


S'il n'a pas évoqué explicitement le terme, le cinéaste semble en quête permanente d'"authenticité" lorsqu'il réalise un film historique, cherchant à "donner l'impression que ce sont les personnages qui écrivent le scénario". Dans La Princesse de Montpensier, le point de vue du film est volontairement restreint à ce que Marie connaît de son époque.

Bertrand Tavernier ne cherche pas à donner une leçon d'histoire mais veille avant tout à "donner une dimension physique de l'époque évoquée". Puisque Madame de La Fayette (auteur de la nouvelle) a dû se battre pour écrire, il invente dans son film une scène dans laquelle Marie de Montpensier lutte pour que Chabannes lui apprenne a écrire. "Il faut rendre la caméra contemporaine des personnages, de leurs émotions, de leurs doutes, de leurs passions", dit-il.

Si l'histoire et cette dimension "réaliste" vous intéressent, vous avez jusqu'au 15 octobre pour voir ou revoir au Kursaal la Première guerre mondiale selon Capitaine Conan et le commandant Dellaplane (La Vie et rien d'autre) ou encore l'occupation allemande vécues par Jean Devaivre et Jean Aurenche (Laissez-Passer).

A ne pas manquer également lors de ce cycle Bertrand Tavernier au Kursaal :
  • La Mort en direct (1980) avec Romy Schneider, Harvey Keitel et Harry Dean Stanton,
  • Dans la brume électrique (2009) avec Tommy Lee Jones et John Goodman d'après le roman de James Lee Burke.

mardi 26 août 2014

Winter sleep

de Nuri Bilge Ceylan avec Haluk Bilginer, Melisa Sözen, Demet Akbağ (3h16).

Ancien acteur à la retraite, Aydin, tient un petit hôtel en Anatolie centrale avec sa jeune épouse Nihal et sa sœur Necla. Avec l'arrivée de l'hiver, les tensions entre les personnages se font de plus en plus fortes et les rancœurs s'invitent dans les conversations...

Reconnaissons-le, Nuri Bilge Ceylan sait mieux que quiconque filmer les paysages sauvages et rigoureux de l'Anatolie. Les cadrages parfaits et la lumière magnifique qui se dégagent de ses plans d'intérieur comme d'extérieur donnent à ses décors un côté intemporel qui sied bien aux propos existentiels de ses personnages.

On pourra reprocher à son film un côté théâtral mais il est totalement revendiqué par le réalisateur qui cite explicitement Shakespeare et surtout Tchekov comme sources d'inspiration. On pourra également lui trouver des longueurs, mais le temps n'est-il pas ici un personnage à part entière, source de vieillissement, de lassitudes, d'usure et d'ennui ?

Winter sleep est un film exigent et profond. Mais pour être appréciée à sa juste valeur, la Palme d'Or 2014 demande qu'on l'appréhende avec recul et philosophie et que l'on s'imprègne lentement de son atmosphère à la fois intimiste et brutale. Faute de quoi le sommeil vous guettera...

lundi 25 juin 2012

Faust

d'Alexandr Sokurov, avec Johannes Zeiler, Anton Adasinsky et Isolda Dychauk (2h14).

Librement adapté de la pièce de Goethe, ce Faust est la dernière partie de la tétralogie consacrée par le réalisateur aux dictateurs du XXème siècle. Après Moloch, Taurus et Le Soleil consacrés respectivement à Hitler, Lénine et l'empereur Hirohito, Sokurov s'intéresse ici aux errances du Dr Faust qui peine à donner un sens à sa vie.

Ce film d'une mise en scène magistrale a été récompensé par un Lion d'Or à la Mostra de Venise 2011 présidée par Darren Aronofsky (Requiem for a dream, Black Swan). Le style très surprenant utilisé par le réalisateur pour traduire ce conte populaire à l'écran lui donne un côté à la fois surréaliste et fantastique qui sert très bien l'histoire son côté métaphysique.

La séquence dans l'antre du Diable et l'épilogue du film tourné en Islande sont en ce sens très révélateurs de la maîtrise esthétique du réalisateur. De plus, les distorsions d'image déjà utilisées par le réalisateur dans son film Mère et fils apportent un effet d'étrangeté qui font éprouver au spectateur le malaise ressenti par le Dr Faust.

Alors oui, Faust est un film exigeant, comme la pièce de Goethe, d'ailleurs. Par certains côtés provocateur (je pense à la scène d'introduction du film) et dans tous les cas novateur. Il est également imprégné d'images et d'ambiances picturales qui rappellent fortement les peintures de l'école flamande et les réalistes allemands.

Bref, cette nouvelle adaptation de Faust possède assurément une beauté plastique à apprécier en tant que telle.

lundi 11 juin 2012

De rouille et d'os

 de Jacques Audiard, avec Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts (1h55).

Ali est sans emploi avec un enfant sur les bras et vit chez sa soeur en attendant des jours meilleurs. Stéphanie est dresseuse d'orques au Marineland et elle aime que tous les regards soient tournés vers elle. Autant dire que les chances de voir ces deux-là se rencontrer étaient infimes. Pourtant, Ali fait la connaissance de Stéphanie à la sortie d'une boîte de nuit où il est videur... et il la retrouve dans un fauteuil roulant, amputée des 2 jambes après un accident.

Autant le dire tout de suite : je n'ai jamais vraiment aimé Marion Cotillard ! Allez savoir pourquoi... Ce n'est donc pas pour elle que je suis allée voir De rouille et d'os,  mais plutôt pour Matthias Schoenaerts découvert dans le puissant Bullhead. Et aussi pour Jacques Audiard. Et franchement, je ne le regrette pas. Le film est porté par une grande force et un travail magnifique sur la lumière.

Pas de compassion mais une vraie tendresse pour ses personnages. J'aime beaucoup la façon dont Audiard filme le spectacle du Marineland avant l'accident (magistral) et le retour à la vie de Stéphanie (émouvant). Et aussi la manière dont il montre la rudesse d'Ali, sans moralisme et même parfois avec humour : je fais bien-sûr référence à sa définition de l'adjectif "opérationnel". Et oui, je l'avoue, j'ai été très agréablement surprise par l'interprétation de Marion Cotillard qui donne au personnage de Stéphanie beaucoup de présence face à la masse de muscles de Matthias Schoenarts.

De rouillle et d'os est un film charnel et doux à la fois, brutal et sensible. Un coup de coeur, assurément !

mercredi 4 janvier 2012

Hugo Cabret

de Martin Scorsese, avec Asa Butterfield, Chloe Moretz, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Christopher Lee... (2h08).

Dans le Paris des années 1930, Hugo Cabret vit dans une gare où il remonte les horloges. Jeune orphelin abandonné par son oncle après la mort de ses parents, il n'a de cesse de percer le mystère d'un automate, seul souvenir de son père...

Entrez dans la magie du cinéma avec Martin Scorsese et laissez-vous porter par sa représentation pittoresque du Paris des années 1930. Grâce à la 3D très bien utilisée par le réalisateur, on est plongé dès le premier plan séquence dans l'univers animé de la gare de Lyon au début du XXème siècle.

Comme toutes les gares, elle est peuplée de personnages attachants et bien campés que l'on découvre sous les yeux du jeune Hugo : un chef de gare patibulaire (interprété par Sacha Baron Cohen surprenant), une fleuriste attachante (Emily Mortimer), un libraire passionné (Christopher Lee) et..., non des moindres, le célèbre réalisateur Georges Méliès, vendeur de jouets sans le sous (admirablement ressuscité par Ben Kingsley).

Passée la découverte des personnages et le percement de l'énigme liée à l'automate, Hugo Cabret se transforme en hommage au cinéma muet et au grand Georges Méliès. En passionné de cinéma, Scorsese nous donne sa leçon de cinéma et nous fait vivre le quotidien de Méliès durant sa splendeur. Magique ! A voir absolument en 3D pour encore plus de réalisme.

lundi 2 janvier 2012

Meilleurs voeux 2012 !

Ciné-Tic vous souhaite une bonne année 2012, remplie de bons films :)

Les sorties attendues de ce mois de janvier laissent déjà supposer de belles heures de cinéma :
  • J. Edgar, de Clint Eastwood avec Leonardo Di Caprio et Naomi Watts : le 11/01/2012,
  • Millenium de David Fincher avec Daniel Craig et Christopher Plummer : le 18/01/2012,
  • et Bilbo le Hobbit de Peter Jackson d'après Tolkien avec le toujours jeune Christopher Lee qui présente ses voeux en vidéo avant d'évoquer le tournage.


mercredi 7 décembre 2011

Melancholia et Le Discours d'un Roi récompensés aux European Film Awards

Lars Von Trier a été largement récompensé ce samedi 3 décembre lors de la cérémonie des European Film Awards (EFA) qui a tenu sa 24ème édition à Berlin.

Le réalisateur danois a reçu le prix du meilleur film européen 2011 pour son film Melancholia, également primé pour ses somptueux décors (Jette Lehmann) et sa photographie lumineuse (Manuel Alberto Claro).

Le Discours d'un roi est l'autre grand gagnant de la cérémonie présidée par Wim Wenders. Après l'Oscar 2011 de la meilleur interprétation masculine, Colin Firth reçoit le prix du meilleur acteur européen pour son incarnation du roi Georges VI. Tariq Anwar est primé pour le meilleur montage tandis que le film est auréolé du prix du public 2011.

Après un Grand Prix décroché au dernier festival de Cannes, Les frères Dardenne se voient attribuer le prix européen du meilleur scénario pour Le Garçon au vélo.

Enfin, la liste ne serait pas complète sans le prix de la meilleure actrice qui revient à la comédienne britannique Tilda Swinton pour son rôle difficile dans le film de Lynne Ramsey, We need to talk about Kevin.

A noter pour terminer que le film français The Artist (en bonne voie pour les Oscars 2012) est auréolé du prix de la meilleure musique que l'on doit à Ludovic Bource.

Pour en savoir plus sur les European Film Awards (EFA).

dimanche 23 octobre 2011

The artist

de Michel Hazanavicius, avec Jean Dujardin, Bérénice Béjo, John Goodman, James Cromwell... (1h40).

En 1927, Georges Valentin est l'acteur fétiche des studios Kinograph. A la sortie d'une avant-première, il fait la connaissance d'une jeune femme qui rêve d'être actrice. Ils tourneront par hasard un film ensemble. Mais face à son refus de s'adapter au cinéma parlant, Georges Valentin tombe en disgrâce au sein du studio. Parallèlement à sa déchéance, Peppy Miller devient la coqueluche des studios...

Splendeur et décadence d'une vedette du cinéma muet à l'arrivée du parlant. Ainsi pourrait-on résumer The Artist. Evoqué de cette façon, le film prend des allures de Chantons sous la pluie. Sauf que pour faire son film, Michel Hazanavicius a décidé d'adopter un parti pris ambitieux : raconter l'histoire de Georges Valentin comme au temps du cinéma muet, sans paroles.

Tous les attributs techniques du cinéma muet sont là, réunis pour notre plus grand plaisir : le jeu appuyé des acteurs, les intertitres, les effets d'ouverture et de fermeture à l'iris et une musique très expressive et évocatrice. On pense évidemment à Charlie Chaplin - qui refusa le parlant jusqu'aux Temps modernes, en 1936 - à Mack Sennet, ou encore au Cameraman de Buster Keaton.

Bref, c'est toute l'ambiance des studios qui renaît sous nos yeux. L'histoire du cinéma américain est balayée à coups de caméras pour faire revivre cette belle époque avec ,et c'est habilement fait. En revanche, la déchéance de Georges Valentin est un peu trop longue à mon goût. Heureusement, cette baisse de régime est sauvé par la fin du film rappelant Tous en scène de Minnelli. Un bel exercice de style, plein de tendresse et un cri d'amour au cinéma muet.

Mention particulière aux acteurs du film : surprenant Jean Dujardin en acteur à la dérive inspiré de John Barrymore, Douglas Fairbanks et John Gilbert, pétillante Bérénice Béjo en actrice montante et danseuse de claquettes, imposant John Goodman en nabab des studios Kinogaph, émouvant James Cromweell dans le rôle du chauffeur et étonnant Uggy dans le rôle du chien, meilleur ami de l'Artist. A voir sans a priori, pour le simple plaisir de replonger dans le cinéma des années 20.

samedi 24 septembre 2011

La guerre est déclarée

réalisé par Valérie Donzelli, avec Valérie Donzelli, Jérémy Elkaïm, Frédéric Pierrot (1h40).

Juliette rencontre Roméo dans une soirée. C'est le coup de foudre. Ils ont un enfant. Mais tout s'écroule le jour où les jeunes parents apprennent que leur fils Adam a une tumeur au cerveau...

Le thème était casse-gueule : comment traiter le sujet de la maladie d'un enfant sans tomber dans le mélo ? En voyant La guerre est déclarée, on peut dire que le pari est réussi pour Valérie Donzelli et Jérémy Elkaïm. Nul apitoiements dans ce film. Sans doute parce que les auteurs parlent de leur propre histoire. On sent la sincérité dans les images de leur film.

Certes, ce n'est pas un chef d'œuvre. Le film souffre de maladresses et de défauts de jeunesse : sur-utilisation de la voix-off ou des montages parallèles, abus de couverture musicale dans la bande-son.

Mais certains passages sont très bien vus comme l'annonce de la maladie ou la rencontre avec le médecin. On se sent concerné et on éprouve le doute et la peur avec ces jeunes parents. Alors, que demander de plus ?

A noter que le film a été sélectionné pour représenter la France dans la course aux Oscars. On attend la suite.

mercredi 14 septembre 2011

La grotte des rêves perdus

de Werner Herzog, avec la participation de Jean Clottes, Jean-Michel Geneste, commentaires dits par Volker Schlöndorff (1h30).

Ayant obtenu l'autorisation de pénétrer dans la grotte Chauvet pour y réaliser un documentaire en 3D, Werner Herzog nous fait découvrir les peintures rupestres les plus vieilles au monde. Voyage au cœur d'un patrimoine hors du commun sur les traces de nos ancêtres des cavernes.

Quelle bonne idée que celle d'avoir imaginé le tournage en 3 dimensions d'un documentaire dans la célèbre grotte Chauvet, interdite au public pour des questions de conservation ! Werner Herzog utilise pleinement le potentiel de cette technologie pour nous montrer l'importance de cet art vieux de 35 milliers d'années.

C'est d'autant plus pertinent que les peintures rupestres de la grotte Chauvet épousent les reliefs de la cavité pour donner aux animaux représentés une impression de mouvement.

On boit les paroles des archéologues et scientifiques interrogés par le réalisateur et les dessins finissent par s'animer sous nos yeux avant d'envahir notre esprit, comme dans un rêve.

Magnifique et fascinant !

lundi 12 septembre 2011

Melancholia

de Lars Von Trier, avec Kristen Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, John Hurt, Charlotte Rampling, Stellan Skarsgard (2h10).

"Mélancolie : état affectif plus ou moins durable de profonde tristesse, accompagné d'un assombrissement de l'humeur et d'un certain dégoût de soi-même et de l'existence". A n'en point douter, Justine souffre bien de ce mal nommé mélancolie qui la ronge de l'intérieur et l'envahit toujours plus, y compris le jour de son mariage. Serait-ce le poids de la planète Melancholia qui l'affecte ?

Et si c'était la fin du monde, comment réagirions-nous ? Sombrerions-nous dans la peur comme Claire, ou dans la résignation - voire l'excitation - comme Justine ?

Comme transcendé par l'idée d'une destruction subite de la terre, Lars Von Trier signe avec Melancholia un opéra en 2 actes dans lequel se révèle la vrai nature des personnages. A la manière de Festen, il fait tomber les masques durant le repas de mariage de Justine et Michael, filmant les protagonistes en présence avec brutalité, dévoilant ainsi les faux-semblants.

Puis il achève son film en apothéose avec le crash de la planète Melancholia sur terre, comme une évidence, un passage obligé. Les images sont magnifiques et troublantes, empreintes tout à la fois de réalisme et d'exagération.

Et si tout cela n'était que pure représentation de l'esprit ? Lars Von Trier fait exploser les certitudes et nous interroge au plus profond de notre âme, avec un sens indéniable de la mise en scène. On appréciera l'intensité d'interprétation de Kristen Dunst dans le rôle de Justine (Prix d'interprétation féminine à Cannes), tout comme la subtilité du jeu de Charlotte Gainsbourg dans le rôle de sa sœur Claire.

Un moment fort en émotions, une grande dépression, une plongée dans les états d'âme de Lars Von Trier.

dimanche 28 août 2011

La Piel que habito

de Pedro Almodovar, avec Antonio Banderas, Elena Anaya et Marisa Paredes (1h57).

Qui est donc Vera et de quoi souffre-t-elle pour vivre seule dans sa chambre, enfermée, et constamment vêtue d'une combinaison couleur chair qui sculpte sa silhouette impeccable ? Et quelle est sa relation avec le Docteur Robert Ledgard qui la tient recluse dans sa propriété de Tolède, avec la complicité de Marilia, la maîtresse de maison ?

Le moins que l'on puisse dire est que La Piel que habito, dernier film du cinéaste madrilène Pedro Almodovar, ne manque pas de suspense et de zones d'ombre. Et plus on s'enfonce dans le film, plus il se fait lourd et grave, sombrant dans la douleur des blessures identitaires et dans la folie des hommes. On pense aux Yeux sans visage de Georges Franju ou encore à Vertigo d'Alfred Hitchcock, mais c'est bien l'univers du réalisateur espagnol qui nous absorbe.

Quand Pedro Almodovar s'empare des progrès de la médecine pour s'interroger sur les questions d'identité et de rapport à la mère qui parcourent toute sa filmographie, ça donne un film trouble et dérangeant. Le réalisateur distille les informations au compte-goutte pour amener le spectateur à comprendre la gravité de la situation et faire émerger la violence des sentiments qui animent les personnages, tout en restant toujours à l'écart de la morale.

Antonio Banderas est parfait dans son rôle de chirurgien esthétique à la dérive et Elena Anaya magnifique et toute en fragilité. Quant à Marisa Paredes, elle incarne à merveille le rôle matriarcal de la femme de maison et confidente du médecin, toute en subtilité et en conviction.

On est surpris, bousculé, dérangé et une fois de plus touché par la valse des émotions que le maestro Pedro a su mettre en musique et en accords pour nous donner la chair de poule. Pari réussi !


mercredi 18 mai 2011

Minuit à Paris

de Woody Allen, avec Owen Wilson, Marion Cotillard, Kathy Bates, Carla Bruni... (1h34).

Scénariste reconnu à Hollywood, Gil travaille actuellement à l'écriture d'un roman. Il est venu chercher l'inspiration à Paris avec sa fiancée, qu'il est sur le point d'épouser. Tandis qu'il s'égare seul, un soir dans les rues de la capitale, Gil est invité à se joindre à un groupe de noctambules qui se rend à une soirée. Il se retrouve immergé dans le Paris des années 1920. Gil fait alors la connaissance de ses idoles dans les soirées mondaines et rencontre Adriana, la muse des artistes dont il tombe amoureux...

Woody Allen adore Paris. On le sait et il le dit joliment dans Minuit à Paris. Notamment dans la séquence d'introduction du film qui nous rappelle sa façon de filmer New-York dans Manhattan.

Woody Allen aime également les années 20 auxquelles il rend hommage par la réincarnation dans son film des plus grands représentants de l'époque : Scott-Fitzgerald, Hemingway, Picasso, Dali, Toulouse-Lautrec... Ils sont tous là, bien présents. On s'amuse à les reconnaître et à vivre à leurs côtés. Dommage que cette succession d'apparitions hors du temps prenne parfois des airs de catalogue. Heureusement, il y a le charme de la muse Marion Cotillard et la fraîcheur de Léa Seydoux qui apportent séduction et légèreté à ce voyage dans le temps. Woody Allen a décidément bon goût !

Pour les inconditionnels de Woody Allen, de Paris et de séduction.

lundi 16 mai 2011

Animal Kingdom

de David Michôd, avec Guy Pearce et James Frecheville (1h52).

Après la mort brutale de sa mère, victime d'une overdose, Josh fait irruption dans la vie de sa famille maternelle et découvre un univers criminel dont il avait jusque-là été préservé : cambriolages, trafic de drogue, corruption...

Il observe, distant, mais se laisse malgré lui absorber par l'engrenage. D'autant que la Police profite de son arrivée pour tenter d'arrêter le clan des Cody...

David Michôd frappe fort pour son premier film : Grand Prix du Jury dans la catégorie "fiction étrangère" au festival de Sundance 2010 et Prix de la critique internationale au festival du film policier de Beaune.

C'est vrai qu'Animal Kingdom marque les esprits par sa dynamique implacable et son côté ethnologique, sauvage. On est constamment surpris par la tournure des événements, jusqu'à la fin.

Quasiment tous inconnus, sauf Guy Pearce (Priscilla, folle du désert, L.A. Confidential, Memento, Le Discours d'un roi), les acteurs participent beaucoup à la force du film. Particulièrement James Frecheville qui apporte une distance et une apparente naïveté au personnage de Josh, et Jacki Weaver nominée aux Oscars (second rôle féminin) pour son interprétation de matriarche prête à tout pour défendre ses enfants.

Un bon polar, inattendu, sauvage et implacable.


jeudi 12 mai 2011

C'est parti pour le festival de Cannes 2011 !


Ça y est, le coup d'envoi du 64ème festival de Cannes a été donné hier soir. C'est parti pour une dizaine de jours de montée des marches, de strass et de 7ème art.

La cérémonie d'ouverture, joliment animée par Mélanie Laurent, fut notamment l'occasion de rendre hommage au président du festival Robert De Niro et d'attribuer une palme d'honneur à Bernardo Bertolucci.

C'est d'ailleurs le réalisateur italien du Dernier Empereur et de 1900 qui a déclaré l'ouverture du festival 2011 : « Declaro il Festivale di Cannes aperto. Je déclare le Festival de Cannes ouvert ». La projection du dernier film de Woody Allen, Midnight in Paris pouvait alors commencer...

Deux films en compétition aujourd'hui :
  • We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay,
  • Sleeping beauty de Julia Leigh.
A suivre...